Contenu

Les chefs d’entreprises et leurs salariés témoignent

 

Jean-François DELAUNAY, directeur de Rougeline et Cyril BEBIEN

  • Jean-François Delaunay, directeur de Rougeline. Nous étions en relation avec le service Alther 24-47* de l’Agefiph. Je ne savais pas où nous en étions en ce qui concerne les seuils de personnes en situation de handicap au sein de l’entreprise. Alther nous a proposé un audit qui a conclu que nous avions encore un peu de temps devant nous. Mais cette démarche nous a amenés à réfléchir à nos ressources humaines même s’il n’y avait rien d’urgent. Et puis, Alther a repris contact pour nous proposer le CV d’une personne qui voulait entamer une démarche de formation informatique. Nous nous sommes engagés en septembre 2013.
  • Qu’est ce qui favorise l’emploi d’un travailleur en situation de handicap ? Quand on cherche, on cherche d’abord des compétences. S’il y a des aides, ça facilite le recrutement. Sur un territoire comme le Marmandais, on ne doit pas se couper d’un réseau comme celui des travailleurs en situation de handicap et ce réseau est très structuré. Il y a beaucoup de moyens. On ne s’est pas posé de questions préalables. Ce qu’il pouvait faire ou ne pas faire, par exemple. J’ai juste demandé s’il fallait adapter le poste de travail. Ensuite, c’est dans le quotidien que l’on s’adapte mutuellement,
  • Auriez-vous embauché sans cette aide ? Sans Alther, je ne sais pas si on aurait rencontré Cyril Bébien. C’est donc un concours de circonstances. On n’avait pas besoin non plus d’un temps plein. Mais nous avons fait le calcul et c’était intéressant. Je conseille vivement de se faire connaître auprès des structures lorsque l’on est en dessous ou au-dessus du seuil. Je ne pensais pas que le monde du handicap s’appuyait sur autant de structures. Elles se connaissent toutes et c’est un réseau efficace.
  • Cyril Bébien, quel est votre parcours ? J’étais agent de sécurité dans les Deux-Sèvres. A la suite d’examens médicaux, j’ai dû me reconvertir car je ne pouvais plus exercer mon métier. J’ai eu des doutes durant un temps. Et puis je me suis rendu compte que je devais considérer cela comme une seconde chance. J’avais 30 ans. L’informatique étant une passion, j’ai choisi de me lancer dans ce domaine. J’ai passé en 2013 un bac pro sur deux ans en système électronique numérique. Ensuite, j’ai fait une école de reconversion à Bordeaux.

-*Le statut de travailleur handicapé peut-il être un avantage dans la recherche d’emploi ?
Ça peut être les deux. Il y a aussi des portes qui se ferment. Dans mon secteur, le handicap ne pose pas de gros problèmes. Je l’avais indiqué dans ma lettre de motivation. Ça peut être un atout comme un inconvénient. J’ai eu des réponses négatives mais c’était plus par manque de besoin.

  • Comment avez-vous été mis en contact avec Rougeline ? Un ami m’a invité à habiter dans le secteur. CAP Emploi m’a ensuite dirigé vers Alther. J’ai voulu me perfectionner. Alors, j’ai entamé une formation pour obtenir un niveau de gestionnaire « maintenance et support informatique » en contrat de professionnalisation. J’alterne 3 semaines en entreprise et une semaine en formation. Je considère cela comme un tremplin car la formation me permet d’acquérir de nouvelles compétences. Mais aussi de mettre en pratique.

Alther 24-47* : ce service de l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapées ) intervient sur les départements de Dordogne et Lot-et-Garonne



Huguette CORDIER et Jean-Michel BARJOU de SAMSIC

  • Jean-Michel Barjou gère l’antenne locale de Samsic. Comment s’est déroulé le recrutement d’Huguette Cordier ? Au départ, j’ai été sollicité par le service Alther 24-47* de l’Agefiph qui travaillait sur un projet de contrat de qualification professionnel pour des personnes à mobilité réduite. Ils nous ont contacté car Samsic s’implique beaucoup dans l’insertion et la réinsertion de personnes en situation de handicap. Alther a reçu plusieurs candidatures et nous a présenté Mme Cordier.
  • Le statut de travailleur handicapé a-t-il joué ? Ce projet était une première mais si j’ai opté pour cette solution, c’est parce qu’au départ, je voulais recruter une personne en formation par alternance. Ce n’est pas la première fois que l’on accueille des personnes en situation de handicap. Cela ne change rien à la vie au sein de l’entreprise. A Agen, 10 salariés sont dans ce cas et il n’y en a qu’un seul dont je connais le handicap. Certes, il y a un aspect financier, allègement des charges patronales et primes à l’embauche, mais ce n’est pas la motivation première. C’est le hasard qui m’a conduit à suivre ce projet d’Alther. Et depuis ça fait boule de neige. Aujourd’hui je travaille sur la préparation d’une formation spécifique pour les personnes en situation de handicap pour un poste d’encadrement d’équipe de nettoyage dans l’agroalimentaire.
  • Que représente pour vous la formation dans le cadre d’un recrutement aujourd’hui ? Le nettoyage est une véritable profession qui nécessite de la méthodologie. Nous n’avons pas le temps de former en interne. Nous devons donc passer par des réseaux professionnels. La formation, c’est un investissement pour l’avenir. Je donne toutes leurs chances aux personnes que je recrute en privilégiant les contrats en alternance en CDI.
  • Quelles sont, selon vous, les clés pour recruter un travailleur en situation de handicap ? Le handicap, aujourd’hui, on en parle de plus en plus. Les entreprises qui payent de lourdes contributions devraient être sensibilisées. Mais attention, on choisit un salarié en fonction de son CV. C’est lors du recrutement que l’on se rend compte parfois du handicap. Le but, c’est d’être clair dès le départ. Il faut que l’on sache ce que le salarié pourra faire ou non pour prévoir un aménagement de planning. L’enjeu, c’est de les garder dans le monde du salariat. Pour cela il faut discuter avec eux pour aménager leur travail. Il ne faut pas qu’ils se disent qu’ils ne « valent plus rien » parce qu’ils sont déclarés inaptes. Ce qui importe, c’est qu’une personne qui est en capacité de travailler sur un poste puisse le faire. Il faut bien définir le profil et CAP Emploi connaît bien ses candidats.
  • Huguette Cordier, comment avez-vous trouvé cet emploi ? J’étais retraitée de la fonction publique et je cherchais un temps partiel. J’ai d’abord été auxiliaire de vie puis mise en inaptitude pour ce poste. Je suis donc allée à Pôle Emploi qui m’a redirigée vers CAP Emploi. J’ai eu un entretien une fois par mois. Je ne pensais pas que j’allais pouvoir retravailler. Et puis si… J’ai eu droit à 10 mois de formation, une fois par semaine.
  • Quels conseils donneriez-vous à toute personne en situation de handicap en phase de recrutement ? C’est important de se dire que l’on peut à nouveau avoir du travail malgré son handicap. Lors de l’entretien, j’ai dit ce que je pouvais faire ou ne pas faire, notamment les mouvements.


Christian SEMPE, conseiller en entreprise pour le service Alther

  • Chritian Sempé, quel est votre rôle au sein du service Alther 24-47 ? J’interviens principalement, au sein d’entreprises nouvellement assujetties à l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés et dans celles n’ayant engagé aucune action en faveur de l’emploi des travailleurs. J’informe le chef d’entreprise, ou son collaborateur, sur le cadre légal de l’obligation d’emploi et notamment les modalités de réponses (embauche, contrat en alternance, intérim, maintien dans l’emploi, sous traitante avec un ESAT ou une entreprise adaptée, accueil de stagiaire…). J’oriente également vers le bon interlocuteur. Enfin, je réalise pour les entreprises qui le souhaitent un diagnostic in situ et un accompagnement. Il s’agit alors, après avoir identifié les modes d’organisation de l’entreprise, d’émettre des préconisations d’action en tenant compte de l’environnement économique de l’entreprise et d’accompagner leur mise en œuvre.
  • Qu’est-ce que le partenaire service Alther 24-47 ? Tout d’abord avant de parler d’Alther 24-47, il convient de présenter les partenaires services de l’Agefiph*. Il s’agit de réseaux d’experts labélisés par l’Agefiph pour répondre aux différentes problématiques handicap auxquelles l’entreprise peut être confrontée : Cap Emploi pour le recrutement, Sameth pour le maintien dans l’emploi, Alther. Ces trois partenaires services sont complémentaires. Chacun a une mission précise. Alther 24-47 intervient sur les départements de Lot-et-Garonne et Dordogne pour le compte de l’Agefiph. Il est porté par l’association handi-emploi, retenue à l’issu d’un appel d’offre.
  • Comment se déroule un diagnostic ? Au préalable, il convient d’avoir donné à notre interlocuteur une information personnalisée sur le cadre légal et le vocabulaire technique utilisé. Selon sa fonction, son expérience, ses représentations, son degré de connaissance ou de maîtrise du sujet, le besoin d’information est variable. Une note d’information est ensuite remise à l’entreprise : elle détaille le déroulement du service et indique les documents à mettre à notre disposition pour réaliser un diagnostic le plus pertinent possible. Ce diagnostic se déroule in situ, généralement en deux temps : le premier rendez-vous consiste en un entretien avec le dirigeant ou un de ses proches collaborateurs afin de mieux connaître l’entreprise : son marché, son organisation, ses modes de gestion, sa situation au regard de son obligation d’emploi, ses besoins et ses projets etc…Pour cela je dispose d’un guide d’entretien qui permet de balayer tous les points nécessaires à la rédaction du diagnostic ; le deuxième rendez-vous est un entretien de restitution du diagnostic au cours duquel sont présentées au maximum deux préconisations. Le chef d’entreprise ou son collaborateur arbitre les solutions. Avec le conseiller Alther, ils valident la(es) préconisation(s) issue (s) du diagnostic et décident du plan d’action à mettre en œuvre. Pour des raisons administratives, l’Agefiph nous demande de faire signer les rapports de diagnostic par un représentant de l’entreprise afin de s’assurer que le service a bien été réalisé. Cela est rappelé avant le début du diagnostic.
  • Comment se déroule l’accompagnement des entreprises ? La phase d’accompagnement peut durer au plus 12 mois. Elle consiste à mettre en relation les partenaires identifiés en fonction du calendrier défini dans le plan d’action. Tout au long de l’accompagnement, et selon le besoin de l’entreprise, le conseiller Alther échange avec l’entreprise aux étapes clés de la mise en œuvre des actions. Deux exemples concrets d’actions préconisées : dans le cas d’une action de recrutement, Alther va présenter le conseiller Cap Emploi à l’entreprise lors d’une rencontre au cours de laquelle le besoin de recrutement est analysé. Le conseiller Cap Emploi va recueillir les informations nécessaires pour proposer des candidats selon les modalités établies. dans le cas d’une préconisation de contrat de sous traitance, Alther peut organiser une réunion entre un Esat* du département et le service commercial afin d’identifier les prestations réalisables. Le rôle d’Alther est important car il veille au bon déroulement des mises en relation. Il coordonne, anime et éclaire l’entreprise dans sa prise de décision.
  • Combien de temps faut-il à une entreprise pour réaliser un diagnostic et mettre en place une solution ? Le temps de réalisation d’un diagnostic est rapide. Si les documents demandés nécessaires ont été communiqué le jour du 1er rendez-vous, la restitution peut être faite dans la semaine, ou la quinzaine, si des recherches complémentaires sont nécessaires. Concernant la mise en œuvre d’une solution, tout dépend : certaines actions peuvent être conclues dans les semaines qui suivent leur démarrage, ou bien prendre plus de temps. En matière de recrutement, tout dépend de l’échéance, du profil recherché. Nous avons des partenaires réactifs comme Cap Emploi et Sameth qui s’adapte à l’urgence du besoin. Le plan d’action précise qui fait quoi et à quel moment. Il est validé par le chef d’entreprise.
  • Est-il préférable de prévoir le dépassement du seuil à l’avance ? Si oui de quelle manière ? La loi prévoit un délai de 3 ans à partir du dépassement du seuil des 20 salariés pour se mettre en conformité avec la loi. Il convient de s’informer sur le sujet le plus tôt possible et profiter des opportunités de recrutement pour rechercher des candidats « travailleur handicapé », en adéquation avec le profil du poste proposé. Le diagnostic me paraît indispensable l’année qui précède la fin du délai exonératoire. J’ai en mémoire, deux exemples : Une entreprise était persuadée d’employer un salarié travailleur handicapé depuis plusieurs années. Or, sa reconnaissance de travailleur handicapé n’était plus valable depuis 2 ans. Aux yeux de la loi, cette entreprise n’employait pas de travailleur handicapé ; L’entreprise ROUGELINE, a témoigné à la table ronde à la préfecture lors de la semaine pour l’emploi des travailleurs handicapés. Elle a sollicité Alther car elle ne voyait pas de solution. Le diagnostic a permis d’identifier un besoin non satisfait sur la gestion de l’informatique. L’accompagnement a permis de trouver un profil en maintenance informatique qui a séduit l’entreprise. Le salarié a été embauché en contrat de professionnalisation pour lui permettre d’acquérir de nouvelles compétences.
  • Est-ce Alther 24-47 qui va au devant des entreprises ou l’inverse ? En général, c’est Alther 24-47 qui démarche les entreprises sur la base d’un fichier fourni par l’Agefiph. Parfois, ce sont les entreprises qui nous contactent car elles ont entendu parler de notre service Alther dans leur entourage.
  • Dans le Lot-et-Garonne, combien d’entreprises ont bénéficié de vos services ?   Sur la période 2010/2014, environ 200 entreprises nous ont sollicités pour obtenir des informations précises sur la loi, les mesures ou les aides Agefiph… Nous avons démarché 150 entreprises. Nous les avons informées de façon détaillée sur le cadre légal de l’obligation d’emploi. Enfin, 86 entreprises ont bénéficié d’un service diagnostic suivi d’un accompagnement.