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Les chefs d’entreprises et leurs salariés témoignent

 

Guillaume SCALABRE, le directeur du foyer de vie La Ferrette et Gaëlle AMBLARD

Guillaume SCALABRE, le directeur du foyer de vie La Ferrette et Gaëlle AMBLARD

  • Guillaume Scalabre est le directeur du foyer de vie La Ferrette au sein de l’association laïque de gestion des établissements d’éducation et d’insertion du Lot-et-Garonne (ALGEEI 47). Que représente pour vous le CAE ?
    J’ai une expérience des emplois aidés relativement heureuse car ils ont permis à plusieurs personnes d’être formées ici, soit dans le cadre existant, soit par le biais de contrat de professionnalisation. Il est important pour moi que le contrat aidé ne soit pas juste une passade mais qu’il conforte un projet professionnel. Ce sont des emplois peu rémunérateurs donc il faut bien réfléchir à ce que l’association va apporter à la personne. Il faut qu’il y ait une réciprocité. C’est un pas vers une carrière, une expérience.
  • Quel a été le rôle de la mission locale dans cette embauche ?
    Le contrat de Gaëlle m’a été proposé par la mission locale que j’avais contactée. Différents profils m’ont été proposés. L’intermédiaire de la mission locale est important car il permet de vérifier les tenants et les aboutissants, d’assimiler l’administratif et de cibler le futur salarié.
  • A quel type de poste le CAE correspond-il le mieux ?
    Je fais en sorte que les contrats aidés soient des aides ou des renforts. A la Ferrette, nous travaillons avec des humains. Nous ne pouvons donc pas créer de besoins qui ne seront plus honorés à terme. Nous avons, par exemple, mis en place un nouveau dispositif d’aide à l’accompagnement. Dans ce cadre, la présence de Gaëlle nous permet d’avoir du soutien. Mais on ne peut pas créer de poste à part entière. Un contrat aidé est un vrai plus mais ne remplace pas un salarié. Ce n’est pas un poste pérenne, c’est une aide momentanée. Je ne peux pas lui faire faire, par exemple, certaines missions spécifiques. Le salarié en CAE ne peut pas se substituer à un titulaire diplômé.
  • Que peut donc attendre un salarié qui a signé ce type de contrat ?
    Je n’ai pas l’autorité pour créer de nouveaux postes, les chances de trouver un CDI dans notre structure immédiatement à l’issue du contrat aidé sont objectivement faibles. Cela dépend principalement du conseil général et pour une petite partie de l’agence régionale de santé (ARS). Les créations de poste sont très difficiles dans le contexte économique actuel. Ce qu’il se passe le plus souvent, quand on arrive à qualifier la personne, c’est que nous lui proposons des remplacements à l’issue de la formation. Les structures comme les nôtres en ont besoin. Elles fonctionnent 24h sur 24 et tous les jours de l’année. On les sollicite donc en attendant qu’ils trouvent un CDI.

Martine PUIG, présidente de l’association Canti’net et David BES

Martine PUIG, présidente de l'association Canti'net et David BES

  • Martine Puig est présidente de l’association de coworking Canti’net (La Fontaine) à Agen. Pourquoi avez-vous choisi un CAE ?
    L’embauche d’un salarié était une condition pour mener à bien notre projet d’espace de travail partagé. Je connaissais déjà ce type de contrat pour l’avoir utilisé au sein d’une autre association dont je suis membre, le comité départemental de sport adapté (CDSA). Je savais comment faire et à qui m’adresser. La seule complication se trouve au démarrage. Deux ou trois va-et-vient entre Pôle emploi et l’employeur sont nécessaires avant l’embauche. En tant qu’employeur, je me sens à la fois attirée et méfiante vis-à-vis des contrats aidés car on ne peut pas s’inscrire dans quelque chose de pérenne. Selon mon expérience dans le milieu associatif, on est dépendant des aides. On doit donc régulièrement renouveler ces contrats.
  • Comment s’est passé le recrutement ?
    Quand on a eu le financement, on a ouvert le recrutement. Nous avons reçu sept candidats, quatre ont été retenus et David a été choisi. Pour David, c’est le fait d’être une association qui a été prépondérant dans le choix du contrat et non le profil de candidat. On aurait pu par exemple prendre une personne diplômée. Mais je connaissais déjà David pour l’avoir accompagné dans sa recherche d’emploi. Ça nous a permis ainsi de rentrer rapidement en confiance.
  • Que représente pour vous le CAE ?
    D’après moi, les contrats aidés sont plus un tremplin sauf si le salarié est en gestion de fin de carrière car dans ce cas-là, la difficulté d’insertion professionnelle est très grande.
    Dans le contrat aidé, il y a une volonté de penser à l’après, de créer des compétences transférables.
  • David Bes, 44 ans, salarié en CAE. Comment avez-vous trouvé ce contrat ?
    Je n’ai fait qu’une formalité administrative. Je ne savais pas ce qu’était le CAE. L’association s’est chargée de tout. Mais je sais que sans cette aide, je n’aurais pas pu être embauché. Je la vois donc comme un élément déterminant à mon embauche car La Fontaine est une petite structure qui n’a pas forcément de grands moyens pour se développer. J’ai commencé le 9 avril 2014 par un contrat de 25 heures et depuis novembre, je suis à temps-plein jusqu’en avril prochain.
  • Comment voyez-vous la suite après ce contrat ?
    Je ne sais pas trop ce qu’il va se passer dans le sens où renouveler mon emploi sans le cadre du CAE paraît difficile… Même si j’aimerais continuer. Alors, je le vois plus comme un travail dans un nouveau secteur d’activité, qui me permet d’acquérir de nouvelles compétences, de rencontrer à la fois des gens du secteur public et des entrepreneurs. La présidente de l’association m’a d’ailleurs parlé de créer mon activité. De voir des entrepreneurs autour de moi, ça me donne des envies. Je suis en train de mettre en place avec un partenaire un projet dans le tourisme.
  • Que faisiez-vous auparavant ?
    Je travaillais dans la grande distribution. J’ai occupé plusieurs postes : vendeur, responsable de rayon et directeur de magasin.
  • N’est-il pas difficile de passer d’un statut de directeur à un emploi aidé ?
    Le côté statutaire ne me pose pas de problème dans le sens où c’est une reconversion. Ça me semble tout à fait cohérent de recommencer par la base. Je veux voir autre chose, c’est un nouveau départ et en même temps, cela reste dans la continuité de ma carrière puisque j’effectue ici des tâches de relation commerciale et de coordination.

Norianne LOREAUX et Bruno GALICHON de l’association Rallye Aquitaine Avance

Norianne LOREAUX et Bruno GALICHON de l'association Rallye Aquitaine Avance

  • Norianne Loreaux, 20 ans, vous avez signé un contrat CAE « non marchand » en septembre. Comment avez-vous trouvé ce travail ?
    Ma conseillère de la mission locale m’a appelée pour me proposer cet emploi. On m’a aidé à faire mon CV. Il s’agissait d’un rêve. J’ai toujours été passionnée par les chevaux. J’ai fait valoir ma passion, les stages que j’avais réalisés.
    Ce que je veux faire : m’occuper de chevaux, les soigner. J’ai une amie qui est aussi en CAE mais dans le secteur de la petite-enfance. Nous n’avions jamais entendu parlé de ce type de contrat auparavant. Pour nous, c’est une opportunité.
  • Quel était votre parcours auparavant ?
    J’ai un BEP « services à la personne ». Je souhaité préparer un CAP agricole « soins aux équidés », mais je n’ai pas réussi à trouver un maître d’apprentissage.
  • Que représente pour vous ce contrat ?
    C’est ma première vraie expérience professionnelle. Je n’avais pas spécialement peur. Durant 4 ans, j’avais fait plusieurs stages. Mais j’ai du mal à considérer que c’est un vrai travail. J’ai prévu de faire un stage de 3 semaines dans le même secteur d’activité.
    Maintenant, je dis que je suis palefrenière.
  • Bruno Galichon est le président de l’association Rallye Aquitaine Avance. Que représente pour vous le CAE ?
    On a un vrai devoir envers les jeunes. Je trouve ces contrats aidés formidables et normaux. Cela représente un investissement énorme. Mais il faut profiter de l’aide sans scrupule car on est motivé pour mettre ces jeunes sur orbite. Pour moi, ces contrats, ce sont trois choses : la formation, l’entrée dans l’emploi et la création de son activité.
  • Comment avez-vous rencontré Norianne ?
    Ingrid, salariée de l’association, partait et je ne pouvais pas pérenniser son emploi. Dans le même temps, la mission locale m’a contactée pour savoir si nous avions des missions à confier à des jeunes. La mission locale a sélectionné trois jeunes. Deux ne se sont pas présentés. Nous avons donc rencontré Norianne. On lui a présenté ce que l’on attendait d’elle en lui indiquant qu’elle aurait des responsabilités. C’est « chouette » d’avoir une jeune fille ponctuelle, responsable.
  • Quel est le rôle de l’association ?
    L’association est constituée de passionnés qui ont envie de partager leur passion. Le partenariat entre la structure et le jeune est indispensable. On doit faire en sorte que ce binôme fonctionne. Cela fait 40 ans que je préside cette association, que nous donnons leur chance à des jeunes.
    J’ai 17 petits-enfants et je suis également maire depuis 26 ans. Les autres m’intéressent. Je pense que l’on doit rendre un peu ce que l’on a reçu. On essaie de communiquer. Les membres de l’association sont très présents et peuvent donc aider Norianne. On a vraiment un devoir moral. On doit donner une chance au jeune. Il faut que l’on prenne le temps qu’il faut pour expliquer et dialoguer.